Culture : les enjeux éducatifs et sociaux dans le 93
Dans le contexte de la réflexion sur le projet départemental, une seconde rencontre s’est tenue le 5 décembre dernier autour des enjeux éducatifs et sociaux de la culture dans notre département. Ce rendez-vous avait essentiellement pour objectif de poser des jalons, de faire des constats partagés, de prendre date pour des rendez-vous réguliers autour de cette thématique transversale et majeure pour l’avenir de notre département, de formuler un certain nombre de propositions.
Vous trouverez ci-dessous l’essentiel des propos tenus au cours de cette soirée. Un enrichissement supplémentaire au projet des socialistes pour le département.
Notre réunion s’est placée dans le contexte de la lettre de mission du président de la République adressée à la fin de l’été à la ministre de la culture et de la plaquette de communication éditée par le département faisant la liste des investissements et réalisations sur ce secteur, les deux documents n’étant certes pas comparables mais permettant d’engager le débat
L’un propose « tout simplement » de faire intervenir substantiellement le privé dans le financement de la culture, l’autre insiste sur la réalité de l’engagement du département dans le financement de la vie artistique et dans la politique culturelle.
C’est le premier qui doit nous alerter sur les risques pour la société dans son ensemble de la dérive libérale de ce gouvernement alors que la politique culturelle devrait plutôt voir ses moyens renforcés pour un véritable élargissement des publics.
Le second présente les efforts du département dans le domaine culturel sans éléments suffisants de diagnostic et d’évaluation.
La culture au service de tous
Proposition est faite de se placer dans l’optique de la défense d’une politique culturelle ambitieuse au service de tous qui affirme comme prépondérante et fondamentale la dimension éducative et sociale de la culture.
Il est en effet plus que jamais indispensable de garantir une démocratisation de l’accès à la culture, ce qui demande une étude fine des publics et de l’impact des projets soutenus par les collectivités locales.Certes beaucoup a été fait, mais beaucoup reste à faire dans ce secteur qui concerne rien moins que le « vivre ensemble » dans le respect de la diversité et le souci de l’égalité.
Il ne suffit malheureusement pas de brandir l’émancipation par la culture pour que celle-ci magiquement se réalise. Les inégalités d’accès demeurent sur notre territoire, l’une des raisons étant selon nous que le budget consacré par le département à la culture est fortement entamé et contraint par la reconduction quasi systématique des subventions à quelques grands équipements « vitrines de la politique culturelle » ce qui rend difficile le soutien de nouvelles initiatives pourtant nécessaire pour tenir compte de l’évolution des pratiques contemporaines et notamment de celles liées à l’usage des nouvelles technologies, des attentes aussi des publics.
Le rôle du département
Il est intéressant à ce propos de rappeler quelques éléments historiques sur les politiques culturelles du département
C'est dans les années de la décentralisation du 1er septennat de François Mitterrand que le Conseil général de Seine-Saint-Denis déploie sa politique culturelle.
Les archives départementales passent sous son autorité et il décide de dynamiser le réseau de lecture publique existant (plutôt que de mettre en place une Bibliothèque Départementale de Prêt). Le Conseil général investit le secteur du patrimoine même si il ne possède pas lui même de bâtiment classé ou de musée. La basilique Saint-Denis est restaurée aussi grâce à l'investissement du Conseil général. La mission départementale d'archéologie est créée à cette époque.
De nombreuses structures de spectacles sont présentes en Seine-Saint-Denis et témoignent de la vitalité du spectacle vivant ainsi que de l'influence des gens de théâtre sur les choix culturels de la gauche à cette époque, sous l'impulsion conjointe du ministère Lang (le budget du ministère de la culture est doublé en 82 ) et du département.
Trois centres dramatiques nationaux reçoivent entre 10 et 13% de leur subventions du département
Le théâtre Gérard Philipe, le Théâtre de la Commune d'Aubervilliers et le TJS de Montreuil. Aujourd'hui, l'intervention du Conseil général au TCA = 12,5 % du budget (recettes propres comprises). Une autre entité est inaugurée en 1980 (la MC 93) structure éclatée à l'époque entre Aulnay-sous-bois et Bobigny, structure de laquelle la municipalité RPR d'Aulnay se retire en 1984.
La MC93 est aujourd'hui une scène nationale et reçoit de la part du département environ la moitié de ses subventions.Banlieues Bleues, le festival de Saint-Denis, le Salon du livre de jeunesse sont autant de manifestations phares soutenues fortement par le Conseil général.
En termes de structuration le département a fait le choix d'une administration interne notamment dans les domaines de la musique et de la danse au lieu de déléguer comme bon nombre de départements à une structure externe de type Office Départemental de Diffusion Culturelle.
Ces choix de politique culturelle n'auraient pas été possibles sans les actions mises en place par les municipalités depuis beaucoup plus longtemps :
Il ne s'agit pas ici de surfer sur cinquante ans d'histoires des politiques culturelles en Seine-Saint-Denis du Front Populaire en passant par les alliances objectives sur ces questions entre Malraux et les communistes dans les années 60 (soutien à la création des MJC et au 1%) mais simplement de montrer l'antériorité de la prise en compte des politiques culturelles par les municipalités communistes dès l'après guerre. C’est sur ce socle que le département construit dans les années 80 sa politique culturelle.
En France, on le sait les villes sont devenus les premiers acteurs publics de la culture et la Seine-Saint-Denis n'y déroge pas.
La région, un nouvel acteur
Le rôle croissant des Régions et particulièrement celui de la Région Ile-de-France dans les politiques culturelles est une nouvelle réalité à prendre en compte. Il faut aussi miser dorénavant sur le développement de l’intercommunalité et le rôle que celles-ci peuvent jouer dans le domaine de la culture, rôle central non point tant pour proposer de nouveaux contenus mais pour constituer de véritables soutiens aux politiques culturelles locales.
Elles pourront permettre en effet, en élaborant des outils de gestion au service d’une action publique plus coordonnée, de mieux irriguer le territoire, d’affiner aussi l’adéquation de l’offre culturelle et artistique avec la demande et les besoins des populations, en prenant mieux en compte leur diversité.
L’Etat se désengage
Enfin le repli de l’Etat est une réalité qui oblige chaque collectivité à repenser sa politique. Il ne s'agit pas que chaque échelon travaille sur ces sujets de manière isolée mais bien de manière complémentaire et cohérente, ce qui suppose des objectifs territoriaux communs.
Il nous faut donc comprendre les relations des populations à la culture et définir une stratégie d'élargissement de son accès.
Cela demande :
Une évaluation fine des pratiques, des attentes et des besoins des séquano-dionysiens ainsi que l'accompagnement et le soutien des pratiques artistiques amateurs.
Une insistance sur le rôle prépondérant de la médiation ainsi que la prise en compte des questions culturelles dans les formations initiales et continues des enseignants et des animateurs qui sont autant de prescripteurs de l'action culturelle. Il faut affirmer fortement sa nécessité et lui donner des moyens suffisants
Le développement de l’éducation artistique et culturelle, fer de lance d'une politique culturelle dans un département notamment par le biais des collèges doit être une des composantes majeures d'une politique ambitieuse.
Le jeune public est en effet le public adulte de demain, il doit bénéficier d’une offre culturelle et d’une éducation artistique exigeante et accessible. Cette dernière nécessite le développement de partenariats avec les secteurs scolaire et péri-scolaire.
La culture c’est le vivre ensemble
Le développement culturel est plus que jamais nécessaire.
Il est un rempart contre la marchandisation et la fragmentation sociale, il est l’allié indispensable d’une politique éducative ambitieuse qui vise clairement l’égalité des chances parce que les échanges culturels, la pratique artistique favorisent la rencontre plus que la concurrence, valorise la variété des expressions contre la standardisation des goûts, voire leur formatage, peut lutter contre la ségrégation sociale, le repli sur soi, parce que l’éducation artistique et culturelle rend possible l’ouverture, le plaisir de faire ensemble.